Il y a l'art, et la manière. Comme en humour, cet adage devrait s'appliquer au directeur de la Maison Ronde : Jean-Luc Hees, et à son acolyte Philippe Val, directeur de France Inter. Ce matin, Stéphane Guillon et Didier Porte ont été officiellement licenciés de la station, sans ménagement. Une opération qui ressemble à un grand ménage initié il y a de ça quelques semaines.
Guillon, Porte, on aime ou on n'aime pas. De l'humour noir en veux-tu en voilà, des tartines de cynisme frisant la vulgarité, qui ont autant touché les auditeurs que les quelques dirigeants français visés. Des polémiques, il y en a eu : le "J'encule Sarkozy" de Didier Porte, les attaques sur les moeurs de Dominique Strauss-Kahn ou encore sur le physique d'Eric Besson estampillées Guillon le trublion. Ces chroniques, certes critiquables auront eu le mérite d'insuffler une autre dynamique dans la tranche matinale d'information, et elles auront certainement apporté un autre public à France Inter. Les chroniques de Stéphane Guillon, premier touché par les brimades de ses supérieurs, restent les plus podcastées et les plus écoutées de France. A croire que les politiques auront eu raison du succès, dans une ère où la presse n'est pas au beau fixe la logique est difficilement intelligible. Cela avait pourtant bien commencé : Jean-Luc Hees promettait de garder l'essence des stations de Radio France, et jurait, à son arrivée en 2009 qu'il ne se comporterait plus jamais comme la Maison l'avait fait avec lui (en faisant référence à son éviction par Jean-Paul Cluzel, son prédécesseur), et pourtant…
L'humour, bête noire de France Inter
C'est donc certain, l'humour ne remettra pas le couvert sur les ondes de France Inter à la rentrée. Siné, ayant déjà fait les frais des décisions de Philippe Val au sein de Charlie Hebdo, l'avait prédit en novembre 2009 au micro de fluctuat.net : "Il va faire le ménage à France Inter (…) Ils finiront pas l'année 2010 (…) Guillon il va sauter c'est clair". Voilà qui est fait. Désavoué par sa propre rédaction ayant formulée des excuses aux nombreux politiques dans la ligne de mire de l'humoriste, Stéphane Guillon a fini par suivre la destinée que les médias lui prêtaient depuis bien longtemps. "Voilà, c'est ma dernière chronique, enfin je crois, j'essaye de deviner les choses par moi-même" énonçait-il ce matin dans ce qui fût sa dernière intervention sur la chaîne publique. Déjà dépité par la façon dont il a appris la suppression de sa chronique dans les colonnes de Télé-Loisirs, il parle des cachotteries de la direction en attifant France Inter d'une burqa. On apprendra plus tard dans la journée son licenciement cette fois sur le site du monde.fr…
Didier Porte, lui, a réceptionné un courrier ce matin le notifiant de son licenciement alors que l'on pensait sa chronique aux côtés de Stéphane Bern sauvegardée. C'est soutenu par l'animateur qu'il a annoncé la nouvelle lors de l'émission "Le Fou du Roi" à laquelle il participe depuis dix ans.
Contradictions et porte-à-faux
Les humoristes de France Inter ont non seulement été critiqués par les personnalités publiques qu'ils attaquaient, mais l'ont ouvertement été par leurs dirigeants. Comment le patron d'une radio peut-il s'excuser d'une chronique qu'il commande tous les matins ? Une logique étrange qui a sans doute participé à l'ambiance morose, qui selon les journalistes, rôdent dans les couloirs de la Maison ronde. Dans son interview accordée au Monde, Jean-Luc Hees rétorque tout-de-go que les humoristes "incriminés" ne seront pas reconduits car "Je ne m'appelle pas Raymond Domenech" dit-il. Il continue : "Cette tranche d'humour est un échec, elle a montré une grande misère intellectuelle (…) L'humour ne doit pas être confisqué par de petits tyrans". Echec, "petits tyrans", règlements de compte plus ou moins publics ou par médias interposés, manque de communication… La débâcle de la station a pourtant quelques points en commun avec celle, plus médiatique, des Bleus.
France Inter, la débâcle
Après les changements de postes précipités de Frédéric Pommier, Patricia Martin ou Simon Tivolle, Jean-Luc Hees écarte Brigitte Benkémoun, la chef des informations de France Inter, provoquant la colère des journalistes de la station. Cette décision, intervient au lendemain du départ en congé d'Hélène Jouan, la directrice de la rédaction qui aurait été prévenue à la dernière minute. Philippe Val brille à l'époque par son absence : alors que la station est sens dessus-dessous, il est à Cannes. Une stratégie de non-communication est alors dénoncée par le SNJ (syndicat des journalistes). Ambiance. Autre fait : le judoka-député David Douillet attaque la journaliste Alexandra Ackoun pour complicité de diffamation, la journaliste de France Inter avait enregistré des propos tenus lors d'une conférence de presse par Eva Joly en septembre 2009 qui accusait David Douillet de détenir des comptes au Lichtenstein. Un dernier coup porté à la station avant la tempête de cette dernière semaine où la rédaction apprend par voie de presse la suppression des deux émissions : "Et pourtant elle tourne" et "Esprit Critique" mais aussi de l'humour au sein de la radio. Ainsi, dans une interview donnée à Télé-Loisirs, Philippe Val déclarait : "Dans une tranche matinale vouée à l'information, il n'est pas utile de sortir son nez de clown. C'est déplacé", et Jean-Luc Hees d'ajouter aujourd'hui dans lemonde.fr qu'il n'y aurait "pas de changement d'horaire, ni de remplaçants. Ce qui ne fait pas rire à 7h55 ne me fera pas plus rire à 3 heures du matin." De plus, aucune précision n'a directement été fournie aux journalistes sur les changements qui s'opéreront sur la nouvelle grille entrant en vigueur à la rentrée. Résultats : 60 journalistes sur la centaine dans les murs d'Inter votent une motion contre Philippe Val la semaine dernière, et Jean-Marc Four, présentateur de l'émission "Et pourtant elle tourne" n'attendra pas de connaître son sort et préférera entrer à France Culture. "Politique de la terre brûlée, irrespect des auditeurs, entreprise d'autodestruction…jusqu'où cette direction veut-elle aller ?", interroge le SNJ Radio France.
Cécile Becker
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Que faire, qu'écouter le matin. Une radio libre c'était déjà inespérée. Peu de pub, des journalistes, des humoristes en verves remplacés par des citations multiples ce matin du célèbre journal lié au pouvoir (10 en moins d'une heure, nous sommes le 6 aout). Le ton est donné et augure de l'avenir. A quand Eric Zemour pour animer la matinale? Christian de mulhouse.
Que faire, qu'écouter le matin. Une radio libre c'était déjà inespérée. Peu de pub, des journalistes, des humoristes en verves remplacés par des citations multiples ce matin du célèbre journal lié au pouvoir (10 en moins d'une heure, nous sommes le 6 aout). Le ton est donné et augure de l'avenir. A quand Eric Zemour pour animer la matinale? Christian de mulhouse.
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