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Erykah Badu : Provocatrice Mystique

Underground - Cecile Becker
Son nouvel album, New Amerikah, Pt2 : The return of the Ankh,  tout juste sorti, Erykah Badu est déjà la cible de vives critiques aux Etats-Unis. Pas étonnant pour une artiste engagée qui ne s’est jamais fixé de limites. On la retrouve cette fois dans un album à fleur de peau.

« Il existe une légende, dans ma communauté, selon laquelle les hommes ne doivent pas regarder Erykah Badu dans les yeux, ou elle les transforme en ce qu’elle veut. C’est une manière de dire que je suis une femme incroyable, que si vous tombez amoureux de moi, vous ferez ce que je vous ordonne ». Sorti de la bouche de l’intéressée, c’est curieux, orgueilleux. Elle parle d’elle à la troisième personne et sait qu’elle est douée. Mais Erykah Badu sait surtout ce qu’elle veut.

La reine de la scène néo-soul, comme on a coutume de l’appeler, file droit et tête haute, s’il vous plaît. Son dernier album à peine dans les bacs, la suite de son New Amerikah, Pt1 : 4th World War sorti en 2008, s’annonce déjà croustillant. Intitulé cette fois The return of the Ankh, il fait déjà polémique outre-Atlantique. Le clip assorti à son premier single, Window Seat, dirigé de main de fer par la chanteuse et tourné en plan séquence, présente Erykah Badu s’effeuillant vaporeusement dans les rues de Dallas, sa ville d’origine. En tenue casual, elle finit dans le plus simple appareil, au sol, tuée par balle, à l’endroit même où John F. Kennedy a été assassiné.  Scandale numéro 1 : aucune autorisation de tournage n’a été demandée, ce qui explique la surprise des passants, et notamment des enfants. Second scandale : singer la mort d’un personnage important pour les Etats-Unis. Puritanisme oblige, Erykah Badu a été la cible de nombreuses attaques dès la sortie du clip. Sur son twitter, elle explique avoir voulu « s’affranchir de toutes les enveloppes et de ces démons qui sont des entraves à notre croissance ou notre liberté » et faire passer « un message d’opposition aux groupes de pensés qui empêchent les individus d’avoir leurs propres opinions ». Un tempérament chaud s’il en est, que la diva soul a toujours su mettre en avant pour se faire une place dans le milieu. Le rappeur Common confirme : « C’est impressionnant de voir comment les types changent d’attitude quand elle entre dans un studio. Pas une blague, pas un mot de travers, pas un geste déplacé. »


 


Complètement soul


Dès les années 97 avec la sortie de son album Baduizm, elle devient un phénomène majeur du mouvement soul pourtant passé sous silence derrière les chanteurs R’n’b. Félicitée par ses idoles Stevie Wonder ou encore Prince, elle reste de marbre et se concentre sur les messages qu’elle veut faire entendre à travers ses chansons. Si elle chante, ce n’est pas pour rien. Son joli minois en plus et une attitude de défiance envers la société de consommation, Erykah devient vite un symbole pour les femmes de sa génération. Bracelets clinquants, turban africain, souvent attifée d’un simple drap lors de ses concerts, elle explique : « Je ne m’habille pas ainsi par hasard. Je veux montrer aux jeunes, à ceux de la communauté noire américaine en particulier, qu’on n’est pas obligé de porter des Nike, des chaînes en or et des fringues de chez Armani pour avoir l’air cool et dans le coup ». Elle se sent responsable de tout et de tous. Si elle milite « c’est pour un parti, celui de la connaissance ». Alors elle a créé son propre courant de pensées, du même nom que son premier album Baduizm où elle s’affranchit de toute limite, au risque de tomber dans un discours parfois surfait. Et si la petite Erica, que sa mère jugeait être la meilleure, est devenue Erikah c’est parce que  K-A-H, hiéroglyphe égyptien, signifie « la force intérieure que rien ne peut atteindre ». Un sigle repris dans le titre de son dernier album où l’arrogance côtoie la vulnérabilité dans une dualité délicieuse.

New Amerikah Pt 2. : The return of the Ankh
, paraît pour beaucoup comme son album le plus abouti. Alors que les autres divas de son époque, Lauryn Hill pour ne citer qu’elle, se complaisent dans le succès de leurs premiers albums, Erykah Badu dans sa régularité (environ un album tous les trois ans) a acquis une maîtrise de son style qui se retrouve dans cet album. Réalisé avec ses complices des Soulaquarians, le pianiste James Poyser, le batteur des Roots, avec les producteurs hip-hop Ta’Raach, Madlib, Jay Dilla, Karriem Riggins, l’album a été écrit et produit dans sa quasi-totalité par Erykah Badu.  Elle emprunte de nombreux samples pour les embellir de beats délicats et de sa voix torturée. Sur Turn me Away, par exemple, elle fait un clin d’œil au collectif Junior Mafia en reprenant le sample de Roy Ayers et revisite Arrow Through me de Paul Mc Cartney dans le magnifique Gone Baby, Don’t Be Long. On retrouve également les ombres du P-Funk All Stars, d’Eddie Kendricks, ou encore de Sylvia Striplin. Plus émotionnel que le précédent, donc plus proche de sa personnalité, il rappelle la conception de Baduizm : plus de place aux rythmes et des paroles moins engageantes. Une Erykah Badu mise à nu, libérée de toute contrainte pour le plus grand bonheur des amateurs de soul ou autre newbies.

 

Cécile Becker

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Superbe article pour une chanteuse tout aussi superbe. Bravo

1# Par Bout de bois, le 12 avr 2010 à 11h16

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