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Incendies de forêts radioactives en Russie

Technopolis - Gaspard GLANZ
Mise à Jour (17 Aout 2010 19H00) : Corinne Castanier, Directrice de la CRIIRAD : "Je vous confirme que l'analyse du filtre qui retient les aérosols radioactifs éventuellement présents dans l'air n'a montré aucune contamination mesurable en césium 137 (le seuil de détection est de 19 microbecquerels par métre cube d'air). Un temps de comptage plus long permettrait une meilleure précision mais l'analyse garantit l'absence de problème sanitaire. Le filtre analysé correspond à l'air de la Drôme (Romans) du Jeudi 12 Aout fin d'aprés midi au lundi 16 Aout 2010 milieu d'aprés-midi. Compte tenu des conditions météorologiques, ce résultat peut être considéré comme rassurant pour l'ensemble du territoire français." 

Les forêts russes sont en feu depuis début juillet, et malgré le recul du nombre de foyers d'incendies depuis quelques jours, Moscou était à nouveau enfumée ce dimanche. Au 3 août 2010, la presse russe faisait état de 719 foyers recouvrants 172 400 hectares, ce qui est gargantuesque. Quid des incendies dans les forêts contaminées par la radioactivité des accidents de Mayäk (1957) et de Tchernobyl (1986). Deux bases militaires ravagées par les flammes, des sites nucléaires en état d'alerte, très peu d'informations du gouvernement fédéral comme national : ces incendies montrent d'abord que les méthodes de transparence russe sont loin d'avoir changées avec l'écroulement de l'époque soviétique.



 

Chronologie d'une catastrophe.

10 Août Greenpeace publie sur son site une infographie qui va rapidement faire le tour du monde (et du web) : elle recoupe les cartes des retombées de Tchernobyl (fournies par l'AIEA) et une carte des incendies en cours dans les provinces russes. Le lendemain, le Kremlin est obligé de reconnaître que "près de 4000 hectares de zones radioactives, dont des régions affectées par Tchernobyl ont brulé depuis Juillet" (AFP/Interfax). En y regardant de plus près, il s'agit parfois des fameuses "Forêt Brunes" ou "Forêts Mortes", ces espaces qui n'ont jamais vraiment repris vie après l'accident de Tchernobyl. Par ailleurs, ce sont des zones ou se promener plus de 30 secondes relève de la folie, tant les doses de Cesium 137, de Strontium 90 et des divers isotopes du Plutonium crèvent le plafond, 24 ans après la catastrophe. Ces territoires avaient été évacué de leurs habitants en 1986. Pour les lecteurs ayant un bac scientifique : certaines de ces forêts ont reçu jusqu'à 1480000 becquerels par mètre carré, ce qui en fait de véritables déchets nucléaires.

11 Août L'INSERN, organisme d'état qui surveille la radioactivité sur le territoire français, signale à qui veut l'entendre qu'aucune trace de radioactivité non naturelle n'a été observée depuis le début des incendies. Le même jour, la CRIIRAD, organisme indépendant qui surveille la radioactivité en France depuis l'accident de Tchernobyl, se met en état d'alerte. Ils disposent "d'un réseau de balises de contrôle de la radioactivité atmosphérique en Vallée du Rhône (Montélimar, Valence, Romans-sur-Isère et au Péage du Roussillon)". Ce maillage n'est pas étranger au fait que les centrales de Pierrlatte et du Tricastin ont tendance à déborder (http://www.criirad.free.fr/). Les mesures sont effectuées toute l'année par un filtre qui retient les poussières radioactives de toutes sortes (césium, uranium, plutonium, cobalt, iode 131 etc…). Selon le communiqué de la CRIIRAD, ce dispositif permet de détecter des contaminations jusqu'à 100 fois moins élevées que celles enregistrés en mai 1986 dans l'est de la France.

12 Août Les premières mesures confirment les déclarations de l'INSERM : "du 1er au 12 août 2010 à 6h, les mesures effectuées par les balises de la criard en vallée du Rhône n'ont pas montré d'activité bêta détectable, c'est à dire supérieure à cette valeur". En résumé, l'analyse indique que l'activité de la radioactivité dans l'air est conforme à la moyenne. Il faut savoir qu'avant 1940, il n'y avait pas de césium 137 dans l'atmosphère, car c'est un élément artificiel. Après les essais nucléaires et les accidents comme Tchernobyl, le césium a fait son apparition dans l'atmosphère terrestre. La CRIIRAD poursuit : "A titre indicatif, pendant les premiers jours du mois de mai 1986, l'activité du césium 137 dans l'air, en particulier dans l'est de la France, a fortement augmenté. Le CNRS mesurait ainsi 2,5 bq/m3 de césium à Strasbourg entre le 30 avril et le 2 mai 1986, soit une augmentation d'environ 1,5 million de fois par rapport à la contamination détectée avant l'accident de Tchernobyl". Il reste aujourd'hui un micro bequerrelle par mètre cube d'air en France (moyenne annuelle), la majorité du césium de Tchernobyl s'étant déposée au sol.

Et c'est bien là tout le problème. Car ces éléments radioactifs peuvent être remis en mouvement lors des tempêtes, vents violents, incendies et brûlages, qui conduisent à réinjecter dans l'atmosphère les particules présentes dans le sol, la tourbe, le bois etc… A la lecture de ce communiqué, on apprend avec surprise que cela est déjà arrivé. Des incendies touchant les territoires contaminés de Tchernobyl ont déjà eu lieu, l'activité du césium avait notamment triplé en France pendant quelques jours, entre fin août et début septembre 2002. C'est tout de même un million de fois moins que lors du passage du nuage de Tchernobyl à Strasbourg.




Une catastrophe du 21e siècle.

Le problème avec les incendies de forêt, c'est qu'ils concentrent la radioactivité. Démonstration : prenez un arbre qui pendant 25 ans a accumulé la radioactivité du sol. Un morceau de son écorce n'est pas très radioactif, c'est la quantité de radioactivité dans l'arbre entier qui est impressionnante. Mais une fois le grand feuillu parti en fumé, la radioactivité se retrouve concentrée dans un tout petit monticule de cendre, qui lui est très concentré en radioactivité. La CRIIRAD précise : "Il faut rappeler que la combustion du bois augmente la concentration de radioactivité dans les cendres de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de fois". Ces cendres partent au grès des vents et peuvent être inhalées par les hommes, se déposer sur les cultures, elles contaminent alors toute la chaîne alimentaire. Laver vos légumes contaminés n'y changera rien car les plantes métabolisent la radioactivité en l'intégrant à leurs cellules.

Faut-il prendre des comprimés d'iode par précaution ? La CRIIRAD répond que non, car les particules concernées par l'éventuelle contamination actuelle ne sont pas constituées d'iode 131. Cet élément très radioactif libéré lors de la catastrophe de Tchernobyl a aujourd'hui totalement disparu, car sa période est très courte (8 jours). Par contre, si les incendies venaient à faire exploser une autre centrale nucléaire, qui elle contaminerait l'air avec cet élément, il vaudrait mieux ne pas être trop loin de votre plaquette d'iode.


Le site de Mayak et les déchets nucléaires français.

Selon l'agence de presse Russe Interfax, des informations récentes indiquent que les incendies sont aux portes du site nucléaire de Mayak dans la région de Tcheliabinsk. Ce site nucléaire est un site de retraitement, comparable à celui de la Hague en France. Les ingénieurs extraient le plutonium des combustibles irradiés venant des centrales nucléaires, qui y sera ensuite réinjecté. Ce centre de retraitement renferme donc des masses considérables de déchets nucléaires solides et liquides hautement radioactifs. Révélé par Greenpeace et médiatisé par le reportage "Déchets, Le cauchemard du nucléaire - ARTE REPORTAGE", il semblerait que le centre de Mayak soit aussi la décharge nucléaire de la France ! Les nombreux aller/retour en Russie de combustible des centrales Françaises s'expliquent facilement : les Russes sont les seuls à avoir une usine de retraitement assez puissante pour réaliser une certaine opération de retraitement de l'uranium. Un rapport de Greenpeace de 2007 indique que l'usine de retraitement civile (car il y en aussi une militaire juste à côté) du complexe de Mayak a déjà retraité au moins 1540 tonnes de combustible nucléaire irradié en provenance de l'étranger. Cela représente l'équivalent du cœur de 18 réacteurs de 900 MegaWatts. Si un incendie venait à provoquer un accident nucléaire sur place (des accidents nucléaires graves ont déjà eu lieu à Mayak en 1957 et en 1967 !), il ne faudrait pas oublier qu'il s'agit aussi de nos déchets nucléaires.




En France, il est interdit de dire du mal du nucléaire car c'est la principale source d'énergie du pays, et un de ses cartons VIP à l'étranger. Pourtant le manque d'informations en cas d'accidents (rappelez vous l'usine du Tricastin qui libère de l'uranium dans le Rhône), d'incidents ou même simplement des risques, montre que la France ne fait pas vraiment mieux que la Russie en terme de transparence sur le nucléaire. Il serait intéressant d'éclaircir la vérité sur les échanges de combustible entre la France et la Russie (les trains et les bateaux que Greenpeace tente d'empêcher de transiter). À la lumière de ces incendies et de leurs conséquences probables sur les populations russes d'abord et européennes ensuite, on se rend bien compte que les leçons de Tchernobyl n'ont pas été retenues. La Russie ne dispose évidemment pas d'un réseau indépendant de surveillance de la radioactivité comparable à la Criirad en France, et même si Greenpeace a tiré la sonnette d'alarme, personne, mis à part quelques scientifiques russes tenus au silence, ne sait aujourd'hui quelles sont les véritables conséquences de ces incendies de forêts radioactives sur la population.

Il aura fallu 20 ans et l'effondrement de l'Union soviétique pour que la vérité sur Tchernobyl et ses liquidateurs éclatent. Pendant ces 20 ans, le nombre officiel de morts liées à l'accident est resté à 50, alors que des dizaines d'études évoquent plusieurs centaines de milliers de morts et un million d'invalidés. La radioactivité de ces forêts contaminées s'est sans aucun doute remise en mouvement, reste à savoir où elle est retombée. Les Moscovites apprécieront.


Gaspard Glanz


Pour plus d'informations :


 


 

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