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Malek Chebel : l'Islam, religion des lumières

Littérature - Mounir Belhidaoui
Il fût un temps où cette religion, assurément, rayonnait. C'était avant le temps de la suspicion, des événements tragiques, des fausses interprétations et des récupérations politiques. Malek Chebel, sociologue et spécialiste de l'Islam, nous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : "Les grandes figures de l'Islam", avec ses héroïnes, ses héros, ses intellectuels, ses artistes. Nostalgie d'un temps où l'on nous parlait d'une religion pacifiée, une religion de chants et de lumières. Souci de purifier, de clarifier les choses. 

StrasTV : Vous accordez une grande place aux femmes dans votre livre. Elles jouent un rôle majeur dans cet Islam des lumières que vous revendiquez, notamment de par leurs fonctions qu'elles exercent...
Malek Chebel : Bien sûr. Prenons l'exemple de Khadija, l'épouse du prophète, que je considère comme étant le premier musulman de l'histoire. Elle était l'employeur du prophète Mohammed, une "self-made woman" si on peut dire, qui brassait à l'époque de fortes sommes. Une femme qui a divorcé trois fois, très épanouie, chef d'entreprise... Mais il n'y a pas eu qu'elle, beaucoup d'autres femmes ont contribué à la propagation de l'Islam, ses savoirs, ses codes, ses règles. Fatima, l'épouse du genre du prophète qui se nommait Ali, a été la patronne, au niveau intellectuel et politique, de la branche chiite de l'Islam. Une patronne naturelle.

StrasTV : Vous parlez du mouvement chiite. Il existe en Islam deux grands courants que sont le sunnisme et le chiisme. Pouvez-vous les définir ?
Malek Chebel : C'est une véritable position doctrinale. Les sunnites et les chiites s'opposent tout d'abord sur des questions d'héritage du pouvoir après la mort du prophète notamment. Les uns (sunnites) se réclament comme étant héritiers directs du prophète, et les autres se sentent plus directement affiliés à Ali (gendre du prophète), ce sont les chiites. Donc ils s'opposent politiquement. Ce qu'ils partagent, c'est le dogme. Les deux courants ont le même dogme, ils sont tous les deux musulmans à part entière.

StrasTV : Précisément, quel est l'apport du monde musulman à la culture ?

Malek Chebel : Elle a énormément apporté à la philosophie, qui est la reine des disciplines. Quand vous détenez la philosophie, vous détenez le reste. Averroès (philosophe musulman) l'a énormément mis en valeur. Ils ont pris part ou créés des courants de pensée encore aujourd'hui. Sans parler de la médecine, beaucoup de chercheurs musulmans ont contribué au progrès de la médecine mondiale.



Religion et Politique

StrasTV : Vous basculez dans un registre plutôt fantastique ou énigmatique avec l'évocation de Shéhérazade, la princesse des mille et une nuits...
Malek Chebel : Oui, c'est un personnage spectaculaire. Elle racontait des histoires à son fou de mari, elle sauve ainsi sa tête car elle est ingénieuse et qu'elle a une mémoire prodigieuse, tout ceci motivé par un incontestable talent de narratrice. Elle pose les premiers principes, ainsi, de la femme moderne, à tout point de vue liberté d'expression, de la traversée des savoirs, de la ruse. Elle est l'héroïne des mille et une nuits, le conte le plus lu de la planète. J'en parle de manière plus approfondie dans le "Dictionnaire amoureux des mille et une nuits", paru chez Plon.

StrasTV
: Vous expliquez la religion musulmane en recentrant le débat autour de quelque chose de moins politisé ?
Malek Chebel
: Fondamentalement, le débat est faussé, notamment pour des causes politiques, de motivations électorales... Ce que je dis dans tous mes livres, à travers des portraits, c'est que l'Islam est historiquement, une religion de paix, de culture et d'événements divers. Les hommes politiques ont une regrettable mainmise sur le débat religieux en France, quel qu'il soit, alors qu'il y a une véritable corporation d'intellectuels très bien formés qui pourrait dialoguer de ça en toute sincérité et franchise.


L'Islam de France

StrasTV : Le débat sur la laïcité : vrai débat ou manœuvre électorale ?
Malek Chebel : Il n'y a ni débat, ni dialogue. Il y a la proposition d'un parti politique pour alimenter la campagne d'un candidat à la présidentielle. Pendant trois mois on a agité le drapeau rouge en criant "Danger", et le débat a été bâclé en trois heures. Le débat est intéressant, mais il le sera réellement le 13 mai 2012, c'est à dire le lendemain de l'élection présidentielle.

StrasTV : Quel sera l'avenir de l'Islam de France selon vous ?
Malek Chebel : Il y aura une belle quantité de chercheurs, d'experts de l'Islam qui sauront réellement expliquer aux gens ce qu'est vraiment cette religion, en pacifiant l'Islam. Ceci étant, je trouve que les musulmans et l'Islam de manière globale sont très bien intégrés en France, je ne vois aucun problème. Nous subissons hélas les répercussions d'actes perpétrés à l'étranger : l'affaire des caricatures est venue de Hollande et du Danemark, l'affaire des minarets nous provient de Suisse. Je dénonce la manœuvre de manipulation politique qui est en cours dans notre pays. Il faut à mon sens clarifier les choses et ré expliquer un certain nombre de règles volontairement oubliées aujourd'hui.

Propos recueillis par Mounir Belhidaoui






























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Super interview merci StrasTV

1# Par Muslim de Stras, le 27 avr 2011 à 21h37

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