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MC Jean Gab'1 : sa véritable histoire

Culture - Jérémy Susselin

Dix ans après son album "Ma vie" et la chanson provoc' "Je t'emmerde" le rappeur Mc Jean Gab´1 publie "Sur la tombe de ma mère" . Une autobiographie sans détour, dont l'écriture n'a rien à envier aux dialogues des films d'Audiard. Présentation.


"I don't give a fuck about the lendemain"

 

L’histoire du bonhomme débute mal. Né à Paris en 1967, Charles (son vrai prénom) est placé à la DDASS alors qu'il n'a pas 10 ans. La raison : son père a assassiné sa mère. « A partir du moment où mon daron a repassé ma daronne, c’était fini pour moi », écrit-il.

 

Ses premières années à la DDASS dans un village paumé en Savoie, il n'en voit ni l'utilité, ni l'issu. Pas d'éducation, ni de psychologie, c'est l'heure des premières bagarres. « Foutu pour foutu, autant avoir une reput' dans la cour. » Mais le môme est sensible. L'impression de n'être rien le gagne petit à petit.

 

A 17 ans, il revient à Paris avec un seul objectif en tête : faire de l'argent à sa manière et ne laisser personne dicter sa conduite ni ses actes. Il a alors le sentiment d'être en marge du système : "je ne suis que le reflet de la société, je suis un miroir", confie t-il. Avec une bande de jeunes sans repères "les requins vicieux", il dépouille les passants, organise un commerce de fringues. L'argent facile, les boites de nuits, les femmes.. le petit Charles mène la grande vie : costards et huitres au menu du soir. Il rêve d'une vie de "tonton flingueur" et admire la classe des grands bandits. Mais quand il ferme les yeux, ses lendemains sont sans avenir.


 

Zonzon
 

Voleur en puissance, trop en confiance, il ne voit pas les menottes arrivés. Premier court séjour à Fleury-Mérogis avant d'enchainer sur une peine de quinze mois. Regrets, peurs et larmes... Seul en cellule, à tout juste 18 ans, il a l'amère impression d'être arrivé à sa destination finale. A "bonne" école, il s'endurcit, notamment, au côté de José, son compagnon de cellule... un braqueur de haut niveau :  « Franchement t'es un blaireau, se fait-il insulter. Ouais, ça rapporte à ton niveau, mais tu prends tellement de risques que tu pourrais les prendre autrement. »

 

A sa sortie de prison, le venin dans le crâne, sa décision est prise: " Je vivrais et bosserais calibre à la main". Mais voilà, Paris a beaucoup changé et la "Bande des requins vicieux" s'est dispersée dans la poudre et des affaires de viols. L'ambiance est étouffante. Gab'1 s'envole pour Berlin.


 

Berlin ? " la meilleure"

 

Dans la capitale allemande, le mur n'est pas encore tombé. Avec les bases US, c'est un peu l'Amérique. "Berlin pour moi c'était la meilleure ville d'Europe, je me sentais libre. J'ai jamais retrouvé ça sa nulle part", explique-t-il. Les boites, les filles en masse, la boxe, les nouveaux amis venus d'Afrique : sa nouvelle équipe. Mais aussi les bagarres au surin avec les Turcs, les Libanais, et les gros bonnets yougoslaves. Son goût pour l'aventure l'entraîne dans les bas-fonds de la jungle berlinoise. « J'ai pas 20 piges et j'ai deux piges de trou dans le derche ! Je vais aller braquer, et la prochaine fois que je vais devant un tribunal, c'est pour quelque chose de bien.»

 

Supermarchés, bijouteries, banques, avec sa nouvelle équipe, il fait main basse sur les Deutsch Marks. Quand le Mur de Berlin tombe, le stock d'armes soviétique est en quasi-vente libre: une kalash coute 255 euros, un calibre neuf une centaine d'euros. Gab'1 revient alors en avion à Paris, sapé comme un prince. Ses "collègues" le suivent en voiture avec l'artillerie. Leur trafic bat son plein. 

 

De 1989 à 1990, Gab'1 est au top de sa carrière dans le grand banditisme. L'adrénaline et les grosses coupures ne  lui suffisent plus. Il veut frapper fort, une dernière fois. Sa cible: la plus grande bijouterie de Berlin et ses millions. « Comme un compagnon du Tour de France, réussir mon chef d'oeuvre et me tailler d'Europe, vivre en Australie ou à Bora Bora, le vieux fantasme du criminel.» écrit t-il. Mais avant, pour ne pas perdre la main, il braque un supermarché réputé facile. Il lui sera fatal. Charles est cueilli chez lui quelques jours plus tard. « Aufstehen (debout !), j'ouvris l'oeil, un revolver et cinq paires de grolles me disaient bonjour.»
 

Au tribunal, on lui reproche d'être le cerveau d'une équipe suspectée d'une longue liste de bracos et de trafic en tout genre. Alors qu'il n'est âgé que de 22 ans, il écope d'une peine de 33 ans de réclusion. Lors du verdict, raconte-t-il, « J'avais les oreilles qui bourdonnaient, il fallait que je me pince pour réaliser. Au delà d'un certain nombre d'années, la punition n'a plus de sens. C'est une vie.»

Grâce à un bon pécule, il s'attache les services d'un avocat cher mais efficace. Sa peine est réduite à douze puis à huit ans.




"Ich fick euch alle" - JVA TEGEL


Bienvenue au sanctuaire JVA TEGEL, l'une des plus anciennes prisons de Berlin « C’est la hiérarchie des crânes et des violents. D’abord, t’as la lie de l’humanité. T’as les pointeurs, les violeurs, les nécrophiles... Tu te retrouves confronté à des gens avec un niveau de violence dont tu es à des années-lumière. T’as le petit voleur celui qui chourave vite fait dans les magasins. Après derrière, t’as le dealeur, le julot, le tueur, après t’as le braqueur et le summum, le tueur de condé. » 

 

La peine est lourde mais Charles est rassuré: il tirera moins de 10 ans. Il ne se laisse pas démonter, apprend l'allemand dans son coin. Homme-animal, il s'entoure d'une équipe de pirates avec lesquels il rackette d'autres taulards, et organisme un commerce de drogue. « A un moment, je regarde, j’avais jamais vu autant de camés en une fois, et pourtant, hein… Là tu comprends, tu te dis : “ Merde, y’a moyen de faire un peu d’osier là-dedans, en faisant travailler un peu ses méninges.” ». L'argent rentre vite, il célébre les fêtes au whisky comme dans le film "Les Affranchis" de Scorsese.

 

Mais en zonzon, même les mieux lotis ne peuvent endurer sans broncher. Cela reste quatre murs, l'ennui, l'âpreté et les rêves empoisonnés. A sa libération, Gab'1 rentre à Paris, lessivé, perdu, sans avenir.


 

Du flingue à la plume...

 

Ses amis d'antan sont devenus gardes du corps pour le groupe NTM, certains sont connectés avec Doc Gyneco qui vient de sortir son album "Première Consultation". Un succès et beaucoup d'argent pour le jeune rappeur du 18e arrondissement qui pousse Jean Gab'1 à l'écriture. Personne ne s'exprime alors comme lui. Il dépouille toujours les dealers au bas des tours mais titille déjà la plume. Il pose enfin sa voix pour la première fois sur un titre: "Paranoïa" issu du deuxième album de Gyneco en 1998. Son style plait. Un MC est né. Il écrit déjà son album perso, "Ma vie", l'un des opus les plus authentiques des années 2000. Le discours sonne juste. Ses 15 titres revisitent son histoire telle une autobiographie en musique. 

 

Le buzz est assuré grâce au titre "J't'emmerde" au travers duquel il remet en place la scène rap française. Son titre est un règlement de compte avec tous les rappeurs qu'il connus avant qu'ils ne deviennent des stars, de Joey Starr à Rohff en passant par la Fonky Family. « J’entendais depuis trop longtemps tous les mecs nous rebattre les esgourdes avec des histoires à pioncer debout. Je les avais presque tous vus pousser à mes côtés, la plupart n’avaient jamais rien connu de la rue. La moitié des rappeurs sont, entre guillemets, des comédiens. Et encore, c’est même pas entre guillemets, c’est des comédiens. » Bizarrement, Gab'1 n'écoute alors que du rock et n'aime pas le rap. Son entrée dans le milieu fut " une sorte d'accident, j'avais pas le courage encore pour écrire un livre", explique-t-il. Loin des clichés de banlieues, il a toujours manié la langue de Molière et aimé jouer avec les mots façon années 1950.


Donjon - Un titre ou il évoque la prison à Berlin




Parallèlement à la musique, Gab'1 s'affiche à l'écran, avec une apparition dans "Chacun cherche son chat" , "La haine" ou encore "Banlieue 13" . «Je suis heureux de ne pas avoir été pris dans l’engrenage de la “voyoucratie”. Et j’ai toujours eu des rêves : mettre ma vie à l’abri de tout ça… Une baraque, loin… une tripotée de chiourmes… Même si j’en suis encore loin. » Explique t-il.

Son avenir est encore une grande question. Il lui faut quelque chose de piquant. Le goût du risque et l'adrénaline agissent sur lui comme des drogues. "J'ai pas de vocation d'être rappeur, écrivain ou acteur, c'est juste des étapes. Si c'est pour être victime de son truc, non merci, je prend le métro tout les jours, t'imagines ? J'ai jamais voulu être une victime et je le serais jamais et je n'aime pas faire la même chose". A suivre...


Le talent est brut, l'écriture est vive, l'aventure du bonhomme vaut le coup d'oeil.

Sur la tombe de ma mère, de MC Jean Gab'1
Edition Don Quichotte, 320 pages
Prix : 16,90 €



Interview "pyramide" de MC Jean Gab'1 : une liste de mots sur laquelle il peut rebondir


 
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