La Wonderful Catherine Trottmann

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Pour la plupart d’entre nous, l’opéra se résume à une sortie ennuyeuse. On y va avec mamie parce que ça lui fait plaisir et qu’on sait quelle va nous glisser un petit billet au passage, ni vu, ni connu.
Pourtant l’opéra ça peut aussi être magique ! C’est un spectacle qui fait rêver, où l’on s’émerveille, où l’on rit ! C’est le cas pour Le Nozze di figaro, actuellement joué à l’opéra du Rhin. StrasTV a eu le privilège d’interviewer Catherine Trottmann qui joue le rôle de Cherubino dans la pièce.

Alors si toi aussi, tu es déjà amoureux de cette plantureuse cantatrice, tu peux te rendre à La filature à Mulhouse le 10 novembre à 20h ou le 12 novembre à 15h, afin de poser ton boule de sirène sur un siège rouge moelleux et en prendre plein les oreilles. Et lire cette interview pour de découvrir qui se cache derrière celle qui incarne le personnage du séducteur dans la pièce.

Donne nous une bonne raison de venir à l’opéra ?
« Parce que c’est trop cool !
Il y a beaucoup d’idées reçues sur l’opéra, que cela serait réservé à une élite sociale, que ça coûte cher alors qu’il y a beaucoup de choses qui sont faites pour rendre cet art accessible :  tarifs étudiants, places de dernière minute. C’est juste que les gens n’osent pas y aller. C’est quand même un spectacle magique, on y raconte de belles histoires qui nous touchent toujours autant ! Alors oui, c’est long il vaut mieux éviter de commencer par Wagner c’est sûr …

Mais aussi parce que ce sont des personnes passionnées qui y travaillent. Ce sont des équipes énormes qui veillent à ce que tout soit parfait. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime tant ce métier, c’est un travail collectif : il y a les techniciens, les costumières, les maquilleuses, les accessoiristes, l’orchestre etc.. Tu n’es finalement qu’une petite pièce, qui va faire que la magie va opérer. »

Quelle première pièce recommanderais-tu alors ?
« La bohème de Puccini, ce n’est pas très long, la musique est belle et c’est très cinématographique. C’est une histoire d’amour, tu pleures…C’est beau ! Ou Carmen, un grand classique ! »

Qu’est-ce que tu aimes dans le personnage que tu incarnes, Cherubino ?
« J’adore jouer les mecs. Je suis mezzo, c’est une voix intermédiaire, avec une tessiture plutôt grave pour les femmes, je joue donc souvent des rôles travestis et j’adore. Ça me permet d’être dans un autre rôle, une autre palette de couleurs auxquelles tu n’as pas du tout accès dans la vraie vie.
Tout est très codifié dans la féminité. Quand tu joues un homme, tu peux t’asseoir comme tu veux sur scène, tu n’as pas besoin de te demander si tes jambes sont trop écartées ou si tu te tiens correctement. Cela me permet d’être plus spontanée. J’adore aussi la transformation, le maquillage, les perruques… Le fait d’être presque méconnaissable.


Cherubino, c’est un cupidon, il vit et respire l’amour. Il impulse de la fraîcheur, il est jeune, plein d’énergie, fou, fort. Ce personnage plait. Au-delà de ça, Le nozze di figaro est un opéra culte, les gens connaissent, fredonnent, cette musique de Mozart. »

Être comédien c’est faire semblant ?
« Ce que j’ai compris depuis peu, c’est que les gens qui t’embauchent, ne te choissisent pas pour voir une énième copie de l’idée qu’on se fait d’un personnage. Ils veulent ce que toi, en tant que personne, tu as à apporter de nouveau. Et c’est ça la partie la plus compliqué dans ce métier : réussir à amener de toi dans le personnage que tu joues.  En revanche, j’adore inventer des tics à mes personnages, ça apporte quelque chose en plus.
Je suis jusqu’au-boutiste, c’est-à-dire que quand je suis dans un rôle, je l’emmène partout avec moi. Quand je joue un homme, je suis beaucoup plus masculine dans ma vie quotidienne. Si je joue une peste, je suis chiante. Si je joue une séductrice, je ne te raconte pas. Tout ça pour dire, qu’il y a un côté schizophrène quand on est comédien.

J’ai joué une des grandes sœurs de Cendrillon, et là pour le coup, ça fait mal de se dire que l’on t’assimile à la méchante. Il y a toujours cette peur, que les gens s’arrêtent aux personnages que tu es. Et cela peut être douloureux et en plus je ramène ce rôle à la maison comme je l’expliquais. »

La journée type d’une cantatrice ?
« Ce n’est pas de chanter contrairement à ce que l’on peut croire. Il y a les périodes de répétition et de représentation bien sûr. Mais il y aussi toute la phase de préparation, où l’on doit apprendre par cœur l’opéra, le traduire, le lire. Si tu veux rentrer dans un univers, il y a aussi tout un travail annexe avec des lectures complémentaires sur l’histoire, l’art etc… »

Un endroit où tu rêverais de chanter ?
Metropolitan à New York ou la Scala de Milan !

Un rôle que tu rêverais d’interpréter ?
« Ma réponse ne va pas être originale mais c’est Carmen, c’est un rôle mythique pour les mezzos. C’est une prestation qui demande de la maturité vocale, de la puissance mais aussi d’avoir déjà un peu vécu. »

Tu incarnes un séducteur, crois-tu au coup de foudre ?
« Il y a des gens qui t’attirent inévitablement, surtout dans ce métier mais ça c’est une autre histoire (grand sourire)…Quand on joue des scènes passionnées, on a du mal à prendre du recul. Ce qu’on vit est tellement fort ! Tu es sur scène avec tes émotions et tu ne te protèges absolument pas. Ce qui est certain, c’est que je crois en l’amour : c’est la chose la plus importante de la Terre. »

Le personnage qui te ressemble le plus ?
« Zerlina de Don Giovanni ! c’est mon opéra préféré ! »

Pourquoi le chant lyrique ?
« C’est un peu un hasard, j’ai toujours aimé chanter ! Ce n’était pas du tout une évidence, je trouvais ça bizarre et absolument pas naturel et surtout j’avais peur de ne plus être capable de chanter normalement. Puis plusieurs personnes m’ont incité à essayer le chant lyrique et au bout de trois mois je ne pouvais plus m’en passer ! C’était comme un virus, je savais qu’il n’y aurait plus que ça dans ma vie. Les sensations que l’on ressent sont indescriptibles : tu es ton propre instrument. La respiration est intense, tout ton corps résonne, c’est une sensation euphorisante ! C’est un art où l’on ne s’ennuie jamais ! il y a toujours quelque chose à apprendre. »

Le moment le plus gênant de ta vie ?
« L’un de mes premiers rôles, où je découvre que ma tenue est un en fait un string couleur chair avec un sexe d’homme dessus. Je ne t’explique pas la scène ! ça n’a évidemment pas loupé la première fois que mes collègues m’ont vu en répétition avec. »

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